L’adieu au Transe

Adieu au Transe

Publié sur FB en 2024 anticipant un incendie qui a ravagé l’intérieur en juillet 2024.

Mon ami le Transe, je vais devoir te quitter. Nous avons partagé de belles aventures et passé d’agréables moments ensemble. Nous avons affronté de grandes tempêtes, où ni toi ni moi ne savions plus où donner de la tête. Se faire balloter, avoir le tourni, ne plus savoir si nous allions du bon côté… Et puis, rire ensemble après, toi livide d’avoir été rincé à outrance, et moi trempé jusqu’aux os.

Rire avec mes ami(e)s, équipiers, marins du Transe, après avoir traversé les océans et les difficultés dues au mauvais temps par des vents trop forts soulevant une mauvaise houle; parfois par des vents forts portants qui nous faisaient filer sur l’eau avec bonheur, souriants et heureux d’être arrivés à destination sans encombre ou si peu, avec toi.

Que de levers et couchers de soleil flamboyants partagés. Les étoiles qui nous guidaient sous l’ombre du sextant. Le soleil avec les méridiennes nous calaient sur la rotondité terrestre. Cette belle sphéricité qui nous ouvrait tellement la vue sur le cosmos et l’univers au travers de tes voiles.

Je me souviens de toutes ces magnifiques femmes qui m’ont accompagné sur ton pont, à l’intérieur. Des apéros prolongés tard dans le cockpit, des danses éméchées dans le carré, partageant l’amour partout sur l’étrave ou dans les cabines. Ces moments ont émerveillé mes jours et mes nuits avec toi.

Mais maintenant, mon ami le Transe, il est temps de se séparer. Moi, parce que j’ai passé l’âge de jouer avec toi dans les mers douces et parfois déchaînées. Toi, parce que tu pourrais bientôt naviguer vers de nouveaux rivages en croisant ces dauphins, baleines et orques qui venaient chatouiller ton safran, ou bien te pousser de quelques brasses sur tribord, comme une amie taquine qui te prend pour un gros poisson silencieux, apparaissant avec des dessins de voiles sous l’horizon marin.

C’était une belle aventure de te construire. Petit à petit, dans un champ de nature à Russin avec l’appui du  beau temps et les contraintes de la pluie et du froid. Travail créatif, harassant, pénible, mais entraînant. 

Sacrifices du temps de jeunesse au profit de voyages incertains futurs, espoir et rêve de liberté en échange de temps présent précieux et de privations de jeunesse. Mais une réussite à la fin lors de ton premier bain dans le lac Leman, fierté d’aboutir et de voir un vaisseau fendre les eaux et les airs, et prétendre aux mers de la Terre.

Souhaitons ensemble que tu continues à parcourir les océans pendant encore quelques décennies, avec de nouveaux prétendants aux mille aventures qui t’attendent.

mars 2024