Je vais joyeusement vers cette école religieuse, catholique, l’école Sainte Croix, chaque jour et depuis la maison je flâne sur son chemin en regardant ce qui s’y trouve. Pour rentrer il faut passer par un porche qui troue le mur qui enserre les bâtiments de l’école. La classe dans laquelle je suis est vaste et bien éclairée. On voit parfaitement la cour dans laquelle on se rassemble lors des récréations. Je trouve toujours surprenant que l’on doive réciter une prière au début de chaque leçon, mais je ne me rappelle pas le contenu. Je ne sais pas ce que je récite avec les autres mais je trouve que c’est stupide et sans intérêt , je fais semblant pour ne pas me singulariser.
Les jours s’écoulent et je connais beaucoup mieux la cour que ce que l’on nous apprend .
Un jour la maîtresse me dit quelle doit m’emmener dans le bureau de la directrice. Soit, comme un enfant de 8 ans peut obéir, je l’accompagne.
J’entre dans le bureau de la directrice et seul fais face à une dame assez plaisante physiquement, derrière son bureau. Madame Poirier pour ne pas la nommer. Elle se lève et commence à parler avec une forte voix dans laquelle je sens de la colère.
Puis soudain elle me somme d’avouer que j’ai blessé fortement un de mes copains dans une bagarre. Étonnement, puis mutisme de ma part car je ne comprends pas pourquoi on m’accuse étant donné que je n’ai rien fait contrairement à ce qu’elle prétend. Devant une deuxième salve avec plus de véhémence, elle recommence l’accusation et me demande d’avouer. Une peur commence à apparaître et je sens une légère transpiration car j’ai chaud tout d’un coup. Il m’apparaît que ce n’est plus une question, mais un interrogatoire dans lequel mon avis n’est pas important. Je réponds plus d’une fois que ce n’est pas moi. Elle me fait mettre à genoux devant son bureau et me demande d’avouer mon mensonge. Là je commence à me sentir mal et essaye mentalement de m’enfuir de cet endroit . Comme je maintiens ma réponse négative, elle décroche son téléphone et me dit qu’elle appelle les gendarmes pour venir me chercher et mettre en prison. Je panique. Elle me demande de réciter une prière toujours à genoux en attendant l’arrivée des gendarmes. J’ai mal aux genoux, je sens les pleurs monter de ma gorge. On frappe à sa porte qui donne sur l’extérieur. Apparaît dans l’ouverture deux gendarmes avec leurs bigornes, elle leur demande de patienter un moment sur le seuil de la porte. Puis se tourne vers moi avec méchanceté et me demande d’avouer pour la dernière fois.
Dans ma tête ça tourne vite, je pleure abondamment par sanglots et je me prépare à dire oui alors que je veux encore dire non, puis tout d’un coup réalise que je vais dire oui pour me débarrasser de sa présence, de sa méchanceté, et que on verra bien la suite à un autre moment. Maintenant j’augmente les sanglots et d’une voix compatissante je dis que c’est moi qui ai tabassé mon copain, mais au fond de moi il y a le fait que je sais que ce n’est pas moi et que pour finir je déteste cette femme et que je ne peux que jouer la comédie et lui demander en plus de me pardonner pour mes mensonges.
Satisfaite de ce retournement de situation, elle s’adresse d’une vois assurée vers les gendarmes, leur dit qu’en fait l’affaire est réglée et qu’elle va avertir mes parents.
Après leur départ, elle me demande de me relever, me prends et tire mon oreille en me ramenant ainsi dans ma classe devant tous les élèves.
Je m’assieds, avec le contentement de ne plus être dans le malaise de la situation précédente, évite le regard interrogateur de mes camarades. Je me met à rêver à je ne sais quoi, en regardant la cour.
Épilogue
Le coupable se dénoncera plusieurs jour après. Le garçon fortement blessé avouera qu’il m’avait désigné comme l’agresseur pour ne pas dénoncer son ami qui l’avait tabassé. ( c’était deux copains de la bonne bourgeoisie de Provins, un fils d’un grand épicier Spar en gros, un fils d’un grand médecin, helléniste connu)
Je ne sais pas ce que mes parents ont vraiment su de cette histoire. On m’a changé d’école et j’ai rejoint les bancs de l’école publique dans la classe d’un instituteur qui m’a manifesté beaucoup de sympathie et d’attention pendant une année.
Quelque temps après, je ne sais pas combien, ma mère m’a demandé d’aller à l’enterrement de cette directrice qui était décédée soit disant d’un cancer.
J’ai refusé, mais ma mère a insisté et je me suis demandé si elle savait l’histoire ignoble qui m’était arrivée. Dans l’église Sainte Croix, à l’écart dans les allées extérieurs j’ai regardé passer son cercueil dans la partie centrale et je lui adressé une pensée: qu’elle aille en enfer, et je suis sorti de l’église.