L’atelier de photographie à Provins
Je me souviens dans les années 50, de l’atelier du magasin de photos de ma mère et de mon père. D’abord les séances de poses pour prendre les clichés avec un appareil à soufflets disposé sur un énorme châssis en bois, la manière de mettre les clients sur leur meilleur profil, les décors en papier ou toile peints pour être en arrière-fond de l’objectif.
Dans la chambre obscure de tirage, les odeurs des bains de développement, hyposulfite de sodium, l’acide acétique, et l’odeur de renfermé jamais exposé au soleil. La lumière rouge qui permettait la sortie progressive de l’image sur le papier dans le bain et de ne pas disparaître, puis sur un fil en suspension les pincettes qui soutenaient le papier photo passé au fixateur, et donnait la photo définitive. Le retour à la lumière suivi d’éblouissement, le glaçage des photos papiers, le découpage final des photos prêtes à la livraison au client.
Je retrouvais, après la sortie de l’école, ma mère dans l’atelier qui retouchais, pendant de longues heures, les clichés avec son crayon pointu, du repiquage point par point; elle écoutait sur son transistor radio design la musique et cet après-midi Alain Barrière chantait « Elle était si jolie »; écoute comme c’est jolie m’a telle dit et je ne l’ai jamais oublié.
C’était un travail long et minutieux. Ma mère me disait en souriant que cela lui faisait perdre les yeux mais que c’était utile pour que les photos soient plus agréables.
Les clients que j’accompagnais parfois en leur ouvrant la porte du magasin montraient une mine réjouie à la découverte de leurs photos; ils s’échangeaient des commentaires auxquels j’étais très attentifs pour connaître leurs goûts et leur désirs de paraître, ou de commander de futures photos.
Jean Renard , employé temporaire du laboratoire de photographie, séducteur de ma sœur et pianiste de talent (qui plus tard composera les chansons de Johnny Hallyday et Sylvie Vartan), me faisait renifler pour m’amuser au fond de ce laboratoire, pendant les poses, l’odeur de soufre des allumettes justes allumées pour faire ressortir la fumée par mon nez, comme si c’était des cigarettes de grand. Un jeu en quelque sorte pour entrer en relation.
C’est dans l’arrière fond de cet atelier que se dessinerait ma carrière scientifique future, mais c’est le thème d’une autre histoire.