Un moment au cours de la campagne présidentielle en France.

L’État français, qui se réclame de la République, montre à mes yeux ses vraies couleurs dans la manière dont il traite sa population : les enfants, soumis à de nombreuses obligations vaccinales ; les jeunes, confrontés à la répression des mobilisations lycéennes ; les adultes, dont les bas salaires contrastent avec les hauts revenus de la bourgeoisie – pour autant qu’ils aient un emploi et un logement ; les aînés, dont beaucoup doivent vivre avec de petites retraites.

C’est une République, certes. Mais quelle place laisse-t-elle à la démocratie, si le pouvoir des citoyens se réduit principalement à élire un chef, quitte à vouloir ensuite le conduire à l’échafaud ?

Cette République s’est construite aux XIXe et XXe siècles, portée par des instituteurs remarquables, des penseurs d’une grande hauteur d’esprit et de hauts fonctionnaires intègres. Elle s’est aussi appuyée sur des chefs militaires au service de ses institutions coloniales.

Mais ces époques sont révolues. La cinquième république était une république de transition. Il faut aujourd’hui réinventer des structures politiques et sociales adaptées à une économie mondialisée, traversée par des capitaux privés qui circulent discrètement et échappent largement au contrôle démocratique. Dans cette économie, l’argent est devenu un pôle de puissance, une divinité au nom de laquelle on sacrifie jusqu’à la biosphère, ce milieu indispensable à la vie sur Terre.

Quant aux médias, une simple transformation ne suffit plus : il faut une révolution de leur fonctionnement, les libérer de ceux qui les dominent et de l’appétit démesuré de ceux qui les possèdent.

Voilà les questions qui méritent, à mes yeux, de nourrir le débat et la colère. Pendant ce temps, on s’enflamme à tout propos autour des trois religions monothéistes, dont les dogmes et les affrontements me semblent trop souvent entraver l’évolution humaine vers un monde meilleur.